Cendres 灰, retour sur le documentaire

J’ai joué et j’ai gagné : 2 places pour la projection de Cendres ce mercredi à l’Utopia, en présence d’Idrissa Guiro. Merci Japon.info!

Il y avait étonnement peu de monde dans la salle (en raison du Rio Loco en pleine effervescence sur la prairie des filtres!?) quelques japonaises, une vingtaine de personnes.

GUIRO_Idrissa_PAVY_Melanie_2013_Cendres_00_sortieJe ne vais pas vous faire un résumé ici, reprendre toutes les scènes, ni vous détailler la construction du documentaire. Je vous redonne le synopsis, si vous ne savez pas de quoi je parle.

« En vidant l’appartement parisien de Kyoko qui vient de mourir, sa fille, Akiko découvre une pile de carnets laissés à son intention. Son journal intime, tenu depuis 1964. Chargée de cet étrange héritage, la jeune femme décide de rapporter l’urne de sa mère au Japon, dans sa famille maternelle, et découvre un territoire intime auquel elle appartient sans le savoir. Le film voyage entre deux générations de femmes, de la France de la Nouvelle Vague au Japon d’après la bombe. En cherchant le lieu où disperser les cendres, Akiko remonte le fil du temps et cherche sa place. Akiko, héroïne de ce documentaire, fait ici écho à sa mère l’actrice, à sa mère l’icône féminine des années soixante. C’est ce dialogue par-delà la mort, que le film porte comme il porte le passé de Kyoko et le destin d’Akiko. »

Le film est monté de manière très intelligente et sert vraiment l’histoire de cette femme, Akiko, en plein deuil et en pleine recherche d’origine et d’appartenance.

Comme nous l’a expliqué Idrissa Guiro à la fin de la projection, le but n’était pas de raconter une histoire, en expliquant le passé et le présent de la jeune femme, ni la vie de sa defunte mère, Kyoko. La volonté est de capter la vie d’Akiko à un instant, un moment clé de son existence : la mort et le deuil de sa mère.

On avance au même rythme qu’elle puisque tout est tourné sur le vif, on découvre et sans tout comprendre. Mais je peux vous dire qu’avec un minimum de sensibilité, on ressent. c’est ce qui fait pour moi un bon film.famille  Akiko, franco-japonaise, n’a l’air ni de se sentir appartenir à la France, ni au Japon. Elle semble un clou qui dépasse au milieu de sa famille japonaise, mais un clou qui tente, avec douceur et détermination calme, de se faire une place, au milieu d’oncles et tantes purement et radicalement japonais. Manifestant une grande force  par ses choix de vie, on sent qu’Akiko se débat pour trouver une racine, quelque chose qui la relie, d’autant plus après la perte de sa mère, réfugiée depuis sa naissance en France. Au fil du documentaire, on se demande également quelle place a-t-elle eu dans sa sphère familiale plus proche : son père et sa mère. Elle semble passer après leur amour, après la volonté de liberté et d’indépendance de sa mère qui la pousse, durement, à partir du cocon familial. Kyoko lui donne, maladroitement, la bénédiction que sa propre mère ne lui a pas donné, mais lui donne aussi une responsabilité plus lourde : « il faut que tu sois libre ». Je me demande alors :  être libre quand on a été trop ancré, dans la terre, dans la violence de la guerre et dans le carcan familial, n’est ce pas plus évident car en « opposition à » (comme Kyoko), qu’être libre face à l’absence? Qu’être libre en tant que tel?

kyoko
Kyoko

La caméra est presque toujours en plan fixe. D’un commun accord, les réalisateurs et Akiko ont décidé que, de cette manière, cette drnière pourrait, lorsque la caméra deviendrait trop pesante, sortir du champ et être seule. Car Akiko n’est pas actrice, contrairement à sa mère, ni réalisatrice comme sa père. Elle ne joue pas mais se laisse prendre en bobine, pour perpétuer la tradition familiale : le cinéma. C’est aussi un peu pour cette raison que sa famille se laisse filmer. Nous voyons au début du documentaire des images tournées par Pierre-Dominique Gaisseau, le père d’akiko, montrant son grand-père maternel. Le chef de famille avait accepté alors ses descendants aussi.

Akiko, dans sa volonté d’appartenance, donne l’impression d’être déposséder de sa propre histoire, de sa propre généalogie. En guise de film de famille, elle a des films documentaires. En guise d’au revoir, sa mère lui offre malgré elle deux semaines alors qu’elle est en phase terminale. Et des carnets intimes. Alors qu’elle désire garder les cendres de sa mère avec elle, sa famille la pousse à partager les cendres, dans une cérémonie religieuse où elle ne comprends pas grand chose. Mais c’est son héritage, et je trouve que tourner ce documentaire a été une très belle manière de recevoir cet héritage.

akiko
Akiko

Dès le début, on a envie de suivre cette femme, on se questionne, on sent la perte, la volonté de se raccrocher à quelque chose, de partager avec ceux qu’on aime le trou laissé par l’être aimé, on sent comme on voit, grâce à la réalisation, le deuil et la volonté de vivre. Car tout s’enmèle pour donner une harmonie à la violence du deuil. Le passé de Kyoko et celui d’Akiko, le présent de cette fille qui cherche réconfort et filiation, l’écho d’une mère qui a écrit sa vie et la lègue à sa fille.

Pour toutes ces raisons, et d’autres encore (mais je vous laisse découvrir le film) je vous conseille de voir ce documentaire et de prendre le temps de lire le dossier de presse qui donne la mesure du travail des réalisateurs et des particpants.

Voici le site officiel du film : cendres-le-film.com

 

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