Sunny, par Taiyou Matsumoto

Taiyou Matsumoto est un auteur de manga singulier. Je ne me suis jamais trop intéressé aux mangas, idem pour les comics. J’ai en fait du mal à me plonger dans un récit qui s’étale sans fin sur 150 volumes, réalisé par 40 dessinateurs et scénaristes qui se passent le relais…  Et la partie la plus visible de ces deux genres de bande dessinée est représentée par ces encyclopédies illustrées, dont la collection d’un seul titre ne se satisferait même pas d’une étagère entière. Ne cherchant pas à creuser, je n’ai donc jamais eu d’attrait pour le manga avant qu’on ne me l’introduise sous un angle particulier, rendant visible les œuvres hors-types qui évoluent dans l’ombre. Enfin dans l’ombre, il faut le dire vite, car je ne vais pas non plus vous parler d’un auteur obscur introuvable, mais juste d’un auteur indépendant…

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Sunny

Taiyou Matsumoto fait partie de ces auteurs que je n’aurais pas pu dénicher tout seul, et que je recommande fortement aux personnes qui passent devant les mangas sans même y jeter un coup d’œil. Il est l’auteur de très belles séries, qui ont l’avantage d’êtres finies et dont la plus longue compte 8 volumes, ça reste abordable et accessible. Sans retracer toute sa bibliographie, si vous aimez la bande dessinée il faut absolument lire Amer Béton, l’histoire de deux frères sauvages, évoluant comme ils le peuvent dans une ville où la violence, contrôlée par les adultes, est omniprésente, Number Five ナンバーファイブ est une belle épopée qui fait plus appel à l’imaginaire, et Gogo Monster est une belle illustration de la poésie des cauchemars de l’enfance.

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Number 5

 

L’enfance, transition toute trouvée, c’est le thème du dernier manga de Matsumoto, Sunny サニー, édité par Kana en France depuis fin 2014. C’est une série qui commence bien. Je n’en suis qu’au tome 1, et je suis vraiment séduit. J’ai rapidement été attiré par le travail de Taiyou Matsumoto, en partie pour la ligne de ses dessins facilement reconnaissable. Les corps et les visages des personnages ne paraissent pas immobiles sur le papier. Son dessin ne fait pas que figer l’expression d’un corps en mouvement, il nous permet vraiment d’imaginer le mouvement dans sa continuité. Et chaque case est comme une animation, où l’on peut visualiser l’action dans son ensemble. Dans une œuvre comme Amer Béton, le résultat est plein de vie et les scènes d’action forcément très riches et palpitantes. Et dans Sunny, qui ne déborde pas de scène d’action, ce trait donne beaucoup de fluidité au récit. A cela s’ajoute les expressions très réussies des personnages, qui bénéficient elles-aussi du dessin « mouvementé » de l’auteur, et rendent très vivants ces personnages. Même quand un de ces personnages ne fait que parler, ou chanter, le dynamisme du trait communique l’émotion qui sort de son texte. Enfin, ce qui ressort toujours aussi bien dans Sunny comme dans les autres œuvres de l’auteur, c’est une narration découpée mais efficace comme un rébus : il faut prendre les éléments un à un dans le bon ordre pour comprendre la cohérence du récit et des illustrations. Mais une fois le tout digéré et assemblé, tout cela forme un ensemble indissociable et harmonieux.

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Amer Beton

 

Sunny est donc le résultat d’une une recette déjà prouvé comme efficace, mais dont le ton et les arrangements sont adaptés aux différents ingrédients du récit. L’auteur nous fait suivre ici l’histoire d’enfants grandissant dans un foyer, certains orphelins, d’autres que les parents ne peuvent prendre en charge. Chaque chapitre creuse un peu plus l’histoire de chacun des résidents involontaires de ce foyer. Malgré les différences de parcours, et la diversité des caractères, j’ai trouvé assez surprenant comme les visions que chacun a du monde qui les entoure et des adultes semblent assez universelle, et font échos aux souvenirs d’enfance de part la manière dont Taiyou Matsumoto les retranscrit. Ce ne sont pas pour autant des banalités sur l’enfance qui sont racontés dans ce manga. Et le récit ne se contente pas de montrer une vision innocente et faussement angélique que prêtent souvent les adultes aux enfants. Au contraire, ce sont des enfants conscients de ce qui se passe autour d’eux. Et, comme beaucoup d’enfant, ils s’émancipent du cadre imposé par les adultes, et de leur condition défavorisée, grâce à leur imagination qui est d’autant plus développée qu’elle comble le vide causé par l’absence de cadre familial traditionnel.

C’est une histoire d’enfance honnête, qui peut avoir des allures de compte et être librement interpréter par le lecteur, ou juste s’apprécier pour la poésie qu’elle illustre.

Niko.

Ici, un long interview de Taiyou Matsumoto en français!

Sunny-Harou
Sunny

Photos : bdgest.com / soundonsight.org / chroniques-thalyssa.fr / .tumblr.com / rue89.nouvelobs.com

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