Kizuna pour Naoto : le lien du vivant

Après vous avoir introduit Monsieur Naoto ici, je vous donne aujourd’hui l’interview que j’ai fait de Sophie Mouton-Brisse, cette journaliste qui a crée Kizuna pour Naoto. Cette association a pour but de recueillir des fonds afin que Naoto puisse continuer de nourrir et de soigner les animaux qui comme lui, n’ont pas désertés la zone contaminée de Fukushima.

Je reste en contact avec cette femme qui a réussit à soulever 5240 euros à ce jour. Le site internet de l’association, kizunafornaoto.com, un lien pour Naoto, permet de faire des dons mais aussi de suivre Naoto au Japon, de rencontrer des gens intéressés et émus par son combat.

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Un Pied Japonais : Tout d’abord comment avez vous eu connaissance de Naoto et de son travail dans la zone contaminée?  

Sophie Mouton-Brisse : J’ai entendu parler du livre d’Antonio Pagnotta lors de sa sortie, en mars l’année dernière; et j’ai vu Naoto Matsumura lors de son passage en France, dans une émission télévisée. Je suis allée acheter ce livre le lendemain, je l’ai lu d’une seule traite, sa lecture m’a bouleversée et j’ai contacté Antonio Pagnotta pour le féliciter de son reportage; de là, nous avons communiqué sur Naoto et j’ai décidé de créer Kizuna afin de lui apporter une aide concrète.

UPJ : Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrez à la création de cette association mais aussi, les bonnes surprises que vous avez eu?

SMB : Pas de réelles difficultés, non, ce n’est pas très compliqué de créer une association, ce qui l’est plus, c’est de la faire vivre ! Cela demande un gros investissement en temps et en énergie. Mais en réalité, j’ai eu surtout beaucoup de belles surprises, des contacts inattendus avec des gens du bout du monde qui  m’envoient des messages de soutien !

UPJ : Pourquoi avez vous décidé de vous allier à cette cause plutôt qu’une autre?

SMB : Parce que Naoto Matsumura m’a fortement émue par son courage et son engagement, et que ce qu’il défend est précieux, surtout en ce moment où nous vivons des transformations profondes de notre environnement climatique et naturel.  Ce que Naoto exprime, c’est le respect du Vivant. Cet homme exceptionnel vit dans une situation exceptionnelle, quasi apocalyptique, mais il relève la tête: c’est de là qu’il nous délivre un message très puissant. A nous de l’entendre… Ce message c’est: « respecte la nature, respecte le vivant, prends soin de toute cette vie précieuse autour de toi et pour toi, c’est ta responsabilité d’homme sur cette Terre ». Nous devons retrouver la connection avec le Vivant, la Terre, les Animaux, tout ce qui nous entoure et qui crée la  grande et fantastique chaîne du Vivant. Sans cela, nous disparaîtrons, corps et âmes. C’est tout cela que nous dit Naoto !

UPJ : Maintenant que le site est en ligne, que les dons commencent à arriver, qu’avez vous prévu pour la suite? 

SMB : De continuer, d’organiser des événements, des rencontres. Qui sait, peut-être avec Naoto un jour ? Le site est ouvert à ceux qui veulent exprimer leur compassion , leur admiration, ou leur réflexion sur le Vivant, c’est l’objectif de la rubrique « Forum du Vivant » qui démarre. J’aimerais développer cet aspect du site, et faire de Kizuna un moyen d’expression pour ceux qui croient que notre avenir d’êtres humains ne dépend pas que de la politique, du consumérisme, des valeurs du pouvoir et de l’apparence, mais qu’il existe d’autres façons de penser notre « lien » avec le monde, bienveillantes et constructrices.  Je sais que cela ressemble à une utopie, je ne suis pas naïve, et pourtant, regardez ce que fait Naoto et l’admiration qu’il suscite: ça c’est encourageant! A chaque fois que je reçois un message d’encouragement sur le mail de Kizuna ou sur FB, je me dis « Oui, nous sommes dans la bonne direction, il y a aujourd’hui dans le monde plein de gens qui ont envie que cela change, vers plus de respect et de bienveillance ! ». Ça, on ne le dit pas aux journaux télévisés !

UPJ : Les photos que l’on voit sur le site datent du 8 Mars, elles sont donc très récentes. Qui est avec Naoto? Antonio Pagnotta? Ou bien, il vous envoie ces photos directement?

SMB : Ces photos ont été prises début mars sur place par Antonio Pagnotta, qui était alors au Japon.  Mais je suis en contact direct avec Naoto pour d’autres informations quand j’en ai besoin également.

Matsumura Naoto has been living in his farm despite the evacuation order issued 11 months ago. He lives in Tomioka without electricty and running water. He is the last man standing in the 20 km No Go Zone. He spends his time feeding the animals and collecting samples for analysis. Here is his dog AKI. She is a female dog and has recently given birth to 5 cubs all healthy.
Matsumura Naoto has been living in his farm despite the evacuation order issued 11 months ago. He lives in Tomioka without electricty and running water. He is the last man standing in the 20 km No Go Zone. He spends his time feeding the animals and collecting samples for analysis.
Here is his dog AKI. She is a female dog and has recently given birth to 5 cubs all healthy.

UPJ : D’un point de vue des instances politiques au Japon, est ce que votre mouvement a fait bouger les choses?

SMB : Non, je ne crois pas, nous ne sommes qu’une étincelle ! Et notre but n’est pas là.  Kizuna n’appartient à aucun mouvement politique, religieux, ni même écologique.

UPJ : Cette question sera peut être trop personnelle mais, quand vous expliquez que Naoto a « mis sa famille à l’abris », que pense justement sa famille de son choix?

SMB : Je ne sais pas ce que pense sa famille. Ses parents doivent être fiers de lui, cet homme mérite le respect. Il assume sa responsabilité d’homme par rapport à sa terre, la terre de ces ancêtres, et les animaux dont il a la responsabilité.

UPJ : Quel est son état de santé? Comment subvient-il à ses besoins?

SMB : Il est irradié, j’imagine qu’il doit connaître des instants de fatigue et de dépression, ce qu’il vit est inimaginable; mais Naoto est une sorte de « surhomme » car il est doté d’une force spirituelle qui le porte dans sa mission. C’est un homme simple et droit qui n’a jamais coupé le contact avec ses racines et qui sait puiser ses forces dans son engagement. Il survit de l’allocation qui’il a reçu en tant que sinistré mais celle-ci arrive à échéance, il nourrit les animaux sur ses fonds propres. Il vit dans des conditions difficiles, mais c’est pour ses animaux qu’il se fait du souci: il craint de ne pas pouvoir continuer à les nourrir… J’espère que Kizuna pourra, chaque mois, l’aider en lui envoyant des dons suffisants.

Je tiens à remercier Sophie Mouton-Brisse pour le temps qu’elle m’a accordé et pour ses réponses complètes.

Vous entendrez régulièrement parler de Naoto et de l’association sur ce blog!

Naoto Matsumura, le sole resident in the Fukushima No Go Zone, is feeding his cows. He has saved 70 cows. He lives in his farm, in the town of Tomioka in the heart of the NO GO Zone. Baby cows have born in his herd and show apparently no mutation. Photo taken January 9, 2013
Naoto Matsumura, le sole resident in the Fukushima No Go Zone, is feeding his cows. He has saved 70 cows. He lives in his farm, in the town of Tomioka in the heart of the NO GO Zone. Baby cows have born in his herd and show apparently no mutation. Photo taken January 9, 2013
A baby cow was dying in the field. Naoto Matsumura and Ren Yabuki had made terrible efforts to save him. The cow was transported from Tomioka to Iwaki to be seen by a veterinarian. the animal doctor had warned us, now the calf seemed ok, but his heart was weak. Its beat was at 35 % of full capacity. Maybe he won’t make it until tomorrow. Ren Yabuki looked at me : “This night will be very long.”When we could go back to Tomioka, it was 3 o’clock. We have no lunch yet. Naoto Matsumura insisted many times to pay for his work, but the vet refused. He was himself an evacuee from the No Go Zone. He had lost his hospital and land after the Daii Ichi meltdowns.Once we were back at the farm, they prepared another bottle of milk; the baby cow was left inside the car to be warm. Only then, we went to sleep. Dans son troupeau, depuis plus d’un an, il a beau se démener avec ses biberons, les veaux meurent au bout de quelques semaines. C’est au matin qu’il trouve les cadavres et il n’y a plus rien à faire. A mi-mai, un autre veau était mort sans raison apparente. Tomioka était un des principaux marchés à bestiaux de région de Fukushima. Dans les années 70, c’est à dire avant la construction des centrales nucléaires, le prix moyen d’un jeune veau Wagyu, le bœuf noir japonais, une race à viande tournait autour de 8000 euros. Lors de l’évacuation de la zone radioactive, 3500 tètes de bétail ont été abandonnées sans parler des animaux domestiques. La plupart sont mortes de faim et de soif dans les étables. Les survivantes ont été traquées par les vétérinaires de la préfecture et mis à mort. Les chiens et les chats errants ont subis le même sort. Le troupeau que Naoto Matsumura a rassemblé est constitué d’animaux arrachés à une mort certaine. Il les nourrit non pour les vendre mais simplement par respect pour leur vie.
A baby cow was dying in the field. Naoto Matsumura and Ren Yabuki had made terrible efforts to save him. The cow was transported from Tomioka to Iwaki to be seen by a veterinarian. the animal doctor had warned us, now the calf seemed ok, but his heart was weak. Its beat was at 35 % of full capacity. Maybe he won’t make it until tomorrow. Ren Yabuki looked at me : “This night will be very long.”When we could go back to Tomioka, it was 3 o’clock. We have no lunch yet. Naoto Matsumura insisted many times to pay for his work, but the vet refused. He was himself an evacuee from the No Go Zone. He had lost his hospital and land after the Daii Ichi meltdowns.Once we were back at the farm, they prepared another bottle of milk; the baby cow was left inside the car to be warm. Only then, we went to sleep.
Dans son troupeau, depuis plus d’un an, il a beau se démener avec ses biberons, les veaux meurent au bout de quelques semaines. C’est au matin qu’il trouve les cadavres et il n’y a plus rien à faire. A mi-mai, un autre veau était mort sans raison apparente. Tomioka était un des principaux marchés à bestiaux de région de Fukushima. Dans les années 70, c’est à dire avant la construction des centrales nucléaires, le prix moyen d’un jeune veau Wagyu, le bœuf noir japonais, une race à viande tournait autour de 8000 euros. Lors de l’évacuation de la zone radioactive, 3500 tètes de bétail ont été abandonnées sans parler des animaux domestiques. La plupart sont mortes de faim et de soif dans les étables. Les survivantes ont été traquées par les vétérinaires de la préfecture et mis à mort. Les chiens et les chats errants ont subis le même sort. Le troupeau que Naoto Matsumura a rassemblé est constitué d’animaux arrachés à une mort certaine. Il les nourrit non pour les vendre mais simplement par respect pour leur vie.

 

 

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